fascisme & réseaux sociaux

quitter ou ne pas quitter meta ? telle est la question...

Trump qui redevient président et dont les premières mesures sont racistes,  anti-migration, anti-lgbt, complètement réactionnaires et qui bannit Tiktok aux USA sous prétexte que la Chine volerait leurs données pour ensuite se positionner en tant que sauveur, le restaurer moins de 12h après et afficher des messages de propagande sur la plateforme; Musk qui a racheté Twitter pour en faire un réseau de la “liberté d’expression” (seulement quand c’est pour tenir des propos fascistes et pro-capitalistes, faudrait pas utiliser le mot “cis” par exemple) puis qui fait non pas un mais deux saluts nazis lors de la cérémonie d’investiture de Trump défendus par les apolitiques et les fachosceptiques de part son autisme; Zuckenberg qui a peur d’être laissé de côté et décide de leur sucer la queue en mettant fin au fact-checking chez meta et en autorisant les utilisateurices à dire (entre-autre) que les lgbt sont des malades mentaux; des personnes en lives à foison sur Tiktok pendant les élections législatives qui expliquent pourquoi eux vont voter RN (spoiler : il ne faut pas) le tout bien sûr sans être racistes (ça c’est fort), des influenceureuses IA réactionnaires aux milliers d’abonné-es, des comptes militants antiracistes qui sautent à tours de bras, et des bots réactionnaires qui copient-colle les mêmes messages de partout pour alimenter la haine et gonfler leur présence en ligne… Nos parents avaient raison sur le fait que les réseaux sociaux sont dangereux mais sûrement pas pour les raisons qu’iels croient.

Depuis quelques jours, c’est la panique sur les réseaux à gauche : doit-on ou non déserter X et Instagram ? A cela plusieurs réponses se font entendre de part et d’autres des plateformes : 

• Oui, il faut partir. Il est hors de question de continuer de travailler pour des réseaux gratuitement qui s’enrichissent sur notre dos et qui investissent cet argent dans des politiques qui nous tuent. Laissons les fachos se conforter et s’encenser entre eux. De toute façon on finira par se faire bannir de la plateforme avec nos prises de position. Rester ce n’est pas résister mais alimenter la machine. Les résistant-es sont les hackeureuses. Autant partir dès maintenant, ne pas se faire violence, faire une archive de nos contenus autre part et se regrouper dans des espaces safes. Plusieurs alternatives se présentent comme BlueSky et Fedivers

• Non, il faut rester. La guerre culturelle et idéologique se passe aussi sur les réseaux. C’est notre droit d’exister dessus. Il ne faut pas laisser les fachos gagner cet espace. Il faut résister en continuant de faire exister nos voix et nos revendications. Ce n’est pas en se repliant qu’on va combattre l’extrême droite. Aucune alternative ne nous garantit la visibilité qu’Instagram nous donne aujourd’hui, même si celle-ci s’amoindrit de jour en jour. On ne va pas jeter tout ce travail qui souvent se compte en ANNÉES pour bâtir sa visibilité et faciliter le celui des fachos

Honnêtement, ma première réaction a été de vouloir me barrer. Loin. Très grosse remise en question de mon militantisme sur les réseaux : de toute façon je prêche des gens convaincus donc à quoi bon ? Puis j’ai lu le texte de @arya.meroni et j’ai réfléchi puis changé d’avis. Déjà parce que je suis convaincu que le repli dans des endroits “safe” ne solutionnera pas du tout le problème (ce n’est pas parce que collectivement on applique une réponse individuelle que celle-ci devient collective + ce genre d’endroits n’existent PAS tant IRL que IVL), et que boycotter meta ne fonctionnerait que si TOUTES les personnes qui ne sont pas d’extrême droite quittent les réseaux. Car si ce sont seulement les personnes de gauche militantes qui partent, alors il restera les militants de droite et d’extrême droite, ainsi que les personnes qui ne militent pas et qui utilisent les réseaux à des fins de divertissement. Ces dernières n’ont à priori pas de raison de quitter ces plateformes. Et voulons-nous vraiment laisser les personnes “apolitiques”, “neutres”, “non informées” ou qui ne “s’intéressent pas à la politique” sur des réseaux dont le seul contenu politique serait à l’opposé de nos valeurs ? De même voulons-nous que les seules personnes de gauche qui restent sur cette plateforme soient celles qui militent et s’exposent en ligne sans autres soutiens qu’elles-mêmes ? Quid de la solidarité ? De plus je trouve ça un peu hypocrite de dire que meta se fait de la thune sur notre dos alors que je savais très bien depuis le départ que c’était le cas… Ces plateformes sont capitalistes et leurs dirigeants n’ont d’une part aucun intérêt à mettre en avant ou même juste montrer à son public du contenu anarchiste et anti-capitaliste et de l’autre, comme tout milliardaire, ont des idéaux politiques qui ne prônent pas l’égalité et la solidarité.

Cependant la menace de censure totale et d’augmentation de cyber-harcèlement est réelle, alors que faire ? Pour ma part, j’ai décidé de rester sur Instagram et Tiktok tant que c’est encore permis et de continuer d’y poster mon travail. Mais je vais aussi d’une part me protéger en limitant les commentaires sous mes publications aux personnes qui me suivent et ainsi limiter les raids ; et de l’autre diversifier mes médias notamment à travers ce site (dont tu peux t’abonner à la newsletter qui te préviendra dès que je poste un nouvel article) et peut être sur fedivers ou bluesky (à voir parce que déjà deux média ça va vite m’épuiser) pour avoir une solution de back up et une archive. Honnêtement cette transition me fait aussi peur car je sais que lire un article de blog ou dix cases de BD sur insta ce n’est pas le même investissement. Et je sais que de nombreuses personnes qui me suivent ne feront pas cet effort, par manque d’énergie, d’envie, mais aussi parce que les réseaux nous ont habitué à tout avoir tout de suite, accéder à l’information en moins d’une minute et ne pas élaborer plus nos propos que sur l’espace de dix cases (et encore même moi quand c’est dix cases de texte je ne lis pas toujours…). A l’heure où les réseaux sociaux nous volent notre plus précieuse ressource qu’est le temps (à ce sujet, voir cette vidéo), je brandis ma volonté de dorénavant prendre le temps : d’écrire, d’élaborer ma pensée, de lire et écouter celle des autres comme une forme de résistance. Synthétiser pour rendre accessible, oui, mais plus forcément au point de devoir faire l’impasse sur certaines idées ou de faire rentrer mes revendications dans dix cases de 1080 par 1080 pixels !

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